Du laboratoire au produit fini : comment naît un cosmétique Formulys ?
Entre l’idée d’un soin et le produit que vous tenez entre vos mains, il y a bien plus qu’une recette : un cahier des charges, des essais, des contrôles, des choix parfois difficiles et une documentation qui permet de justifier chaque décision.
Par Dr Mohamed Bendellaa
Publié le 01/09/2026 · Temps de lecture : 7 min

Une formule ne commence pas par une liste d’ingrédients
La première étape consiste à définir ce que le produit doit réellement faire. À qui s’adresse-t-il ? Sur quelle zone sera-t-il appliqué ? Sera-t-il rincé ou laissé sur la peau ? Quelle texture, quel parfum, quel conditionnement et quelles précautions d’emploi sont envisagés ?
Ces questions forment le cahier des charges. Elles orientent la sélection des matières premières, la concentration des ingrédients, le système conservateur, l’emballage et l’évaluation de la sécurité. Une formule destinée au cuir chevelu ne se conçoit pas comme un baume anhydre, et un produit pour le contour des yeux ne s’évalue pas comme un shampooing.
Le positionnement fait également partie du travail : niveau de naturalité recherché, ressources algériennes à valoriser, prix cible, expérience sensorielle et allégations que la marque pourra raisonnablement démontrer.
À retenir. Un bon cahier des charges ne décrit pas seulement les ingrédients souhaités. Il définit l’usage, le besoin, les contraintes et les critères qui permettront de juger si le produit est réellement réussi.
1. Sélectionner et documenter les matières premières
Un nom attractif ne suffit pas à qualifier une matière première. Le formulateur doit connaître son identité INCI, sa composition, sa fonction, ses spécifications, son origine, ses conditions de stockage et les informations de sécurité disponibles.
La traçabilité est particulièrement importante pour les matières végétales. Leur composition peut varier selon l’espèce, la variété, la zone de culture, la récolte, le procédé d’extraction et les conditions de conservation. Valoriser une ressource algérienne implique donc de la caractériser et de la contrôler, pas seulement de revendiquer son origine.
Les documents du fournisseur, les certificats d’analyse, les critères microbiologiques et physicochimiques ainsi que l’historique des lots participent à cette sélection. Lorsqu’une matière change de fournisseur ou de spécification, son impact sur la formule doit être réévalué.
2. Construire une formule cohérente
Chaque ingrédient doit avoir une fonction et s’intégrer dans un ensemble. Un actif intéressant peut perdre sa pertinence si le pH ne lui convient pas, s’il déstabilise l’émulsion, s’il interagit avec le parfum ou si sa concentration n’est pas compatible avec l’usage prévu.
Le travail de formulation consiste donc à équilibrer plusieurs dimensions : performance, tolérance, stabilité, sensorialité, conservation, naturalité, coût et faisabilité de production. Améliorer un seul critère peut en dégrader un autre.
La formule théorique est traduite en mode opératoire : ordre d’incorporation, températures, vitesse d’agitation, durée de mélange, refroidissement et ajustement du pH. Deux essais contenant les mêmes ingrédients peuvent aboutir à des textures différentes si le procédé change.
3. Passer par plusieurs prototypes
Le premier essai est rarement le dernier. Chaque prototype permet d’observer l’aspect, la couleur, l’odeur, la texture, l’étalement, le rinçage ou le toucher résiduel. Des mesures comme le pH, la viscosité ou la densité peuvent compléter cette observation selon le type de produit.
Les résultats sont consignés afin de comparer les versions et de comprendre l’effet de chaque modification. Il ne s’agit pas d’ajouter des ingrédients au hasard jusqu’à obtenir une texture agréable, mais de formuler des hypothèses, de les tester et de conserver la traçabilité des décisions.
À ce stade, certains projets sont arrêtés ou profondément revus. Renoncer à une combinaison instable ou à une allégation insuffisamment justifiée fait partie du développement responsable.
4. Vérifier la stabilité du produit
Un prototype homogène le jour de sa fabrication n’est pas nécessairement stable. Au cours du temps, une émulsion peut se séparer, un gel perdre sa viscosité, un parfum évoluer, une couleur se modifier ou un ingrédient précipiter.
Les essais de stabilité suivent l’évolution du produit dans des conditions définies : température ambiante, températures plus élevées ou plus basses, cycles thermiques, lumière ou autres contraintes pertinentes. Les paramètres surveillés dépendent de la formule et peuvent inclure l’aspect, l’odeur, la couleur, le pH, la viscosité, l’homogénéité et la masse.
La norme ISO/TR 18811 rappelle qu’il n’existe pas un protocole universel applicable à tous les cosmétiques. Le fabricant doit choisir et justifier des conditions adaptées au produit, à son emballage et à ses usages prévisibles.
5. Tester la compatibilité avec l’emballage
Le contenant fait partie du système produit. Une formule peut interagir avec un plastique, altérer un joint, migrer dans certains matériaux, perdre de l’eau ou devenir difficile à distribuer par la pompe choisie.
Le produit doit donc être observé dans son emballage final ou dans un conditionnement représentatif. L’étanchéité, la restitution de la dose, la résistance du décor et l’évolution du matériau sont examinées en parallèle de la stabilité de la formule.
6. Maîtriser le risque microbiologique
Les produits contenant de l’eau peuvent permettre le développement de bactéries, de levures ou de moisissures. La protection microbiologique repose sur l’ensemble de la formule : système conservateur, pH, activité de l’eau, procédé de fabrication, hygiène, emballage et conditions d’utilisation.
Pour les produits qui ne sont pas considérés comme microbiologiquement à faible risque, un essai d’efficacité de la conservation, souvent appelé challenge test, permet d’évaluer la capacité de la formule à contrôler des microorganismes introduits dans des conditions normalisées. La norme ISO 11930 constitue une méthode de référence pour cette évaluation.
Ce test ne remplace pas le contrôle microbiologique du produit fini. L’un vérifie l’efficacité du système de protection ; l’autre renseigne sur la qualité microbiologique du lot contrôlé. La norme ISO 17516 fournit un cadre pour l’évaluation des limites microbiologiques des cosmétiques.
7. Évaluer la sécurité et justifier les allégations
L’évaluation de la sécurité ne porte pas uniquement sur chaque ingrédient pris séparément. Elle considère la formule complète, les concentrations, les impuretés pertinentes, les données toxicologiques, la zone d’application, la quantité utilisée, la fréquence, le profil de l’utilisateur et l’exposition prévisible.
Le règlement cosmétique européen exige notamment un rapport sur la sécurité avant la mise sur le marché et un dossier d’information sur le produit. Même lorsqu’un produit est destiné à un autre marché, cette structure constitue une référence scientifique utile pour organiser les preuves relatives à la qualité et à la sécurité.
Les allégations sont également examinées. Dire qu’un produit hydrate, apaise ou protège suppose de disposer d’éléments cohérents avec sa composition, son mode d’emploi et, lorsque cela est nécessaire, d’essais appropriés. Une promesse marketing ne doit pas dépasser ce que le produit peut raisonnablement démontrer.
8. Passer du bécher à la production
Une formule réussie à petite échelle doit encore être transposée. Le volume, la géométrie de la cuve, le type d’agitateur, le cisaillement, les vitesses de chauffage et de refroidissement peuvent modifier la texture ou l’homogénéité.
Un lot pilote permet d’ajuster le procédé avant la production courante. Les paramètres critiques sont définis, les quantités sont vérifiées et chaque opération est enregistrée dans un dossier de lot.
Les bonnes pratiques de fabrication, décrites notamment par l’ISO 22716, encadrent la production, le contrôle, le stockage et l’expédition. Elles contribuent à la reproductibilité et à la traçabilité : fabriquer le même produit signifie maîtriser le procédé, pas seulement reprendre la même liste d’ingrédients.
9. Libérer le lot, puis continuer à le suivre
Avant sa commercialisation, le lot est vérifié au regard de critères définis : conformité de l’aspect, du pH, de la viscosité ou d’autres paramètres pertinents, contrôles microbiologiques lorsque requis, étiquetage et traçabilité.
Le travail ne s’arrête pas après la vente. Les réclamations, les retours, les effets indésirables et les observations sur la stabilité réelle apportent des informations utiles. Ils permettent d’identifier un problème de lot, d’usage, d’emballage ou de transport et d’engager des actions correctives si nécessaire.
Pourquoi le développement prend-il du temps ?
Certaines étapes peuvent être menées en parallèle, mais le temps reste une donnée expérimentale. Il faut observer l’évolution d’une formule, produire plusieurs prototypes et parfois recommencer une étude après une modification du conservateur, du parfum, de l’emballage ou d’une matière première.
Il n’existe donc pas de durée identique pour tous les projets. Un produit anhydre simple et une émulsion contenant plusieurs actifs ne présentent pas les mêmes difficultés. Accélérer la réflexion est possible ; accélérer artificiellement le temps d’observation ne l’est pas.
La méthode Formulys
Chez Formulys, le développement associe la connaissance des matières naturelles à une démarche de formulation et d’évaluation de la sécurité. L’objectif est de valoriser des ressources, notamment algériennes, sans leur attribuer automatiquement des performances qu’elles n’ont pas démontrées.
Chaque choix doit rester cohérent avec l’usage du produit fini. La naturalité constitue une orientation importante, mais elle ne remplace ni le contrôle des matières premières, ni la conservation, ni la stabilité, ni l’analyse toxicologique.
Derrière une formule simple à utiliser se cache une succession de décisions scientifiques, techniques et humaines.
Questions fréquentes
Pourquoi modifier une formule qui semblait déjà fonctionner ?
Parce qu’un résultat satisfaisant à court terme peut révéler une instabilité, une conservation insuffisante, une incompatibilité avec l’emballage ou une difficulté de production. La reformulation sert alors à corriger le problème sans perdre l’objectif initial.
Un produit naturel nécessite-t-il moins de tests ?
Non. L’origine naturelle ne réduit pas les exigences de qualité ou de sécurité. La variabilité des matières végétales peut même nécessiter une attention particulière aux spécifications et à la constance des lots.
Pourquoi deux lots peuvent-ils présenter une légère différence ?
Les matières premières végétales peuvent entraîner de petites variations de teinte ou d’odeur. Elles restent acceptables uniquement si le produit respecte ses spécifications et si sa qualité, sa sécurité et son fonctionnement ne sont pas altérés.
Zoom sur notre rédacteur — Dr Mohamed Bendellaa, expert en formulation cosmétique et toxicologie
Formulateur cosmétique et toxicologue, le Dr Mohamed Bendellaa possède un parcours scientifique pluridisciplinaire consacré notamment à l’étude et à l’évaluation de la sécurité des produits cosmétiques.
Fondateur de Formulys, il associe son expertise scientifique à sa connaissance de la formulation pour développer des soins naturels cohérents, exigeants et adaptés à leur utilisation. À travers Formulys, il souhaite également valoriser les ressources naturelles algériennes et contribuer au développement d’une cosmétique locale guidée par la science.
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Sources et références
- Parlement européen et Conseil de l’Union européenne. Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, notamment les articles 3, 8, 10 et 11 ainsi que l’annexe I. Version consolidée. eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/HTML/?uri=CELEX:02009R1223-20250901
- Commission européenne. Décision d’exécution 2013/674/UE concernant les lignes directrices pour l’annexe I du règlement relatif aux produits cosmétiques. eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:32013D0674
- ISO 22716:2007. Cosmétiques — Bonnes pratiques de fabrication — Lignes directrices relatives aux bonnes pratiques de fabrication. iso.org/standard/36437.html
- ISO/TR 18811:2018. Cosmétiques — Lignes directrices relatives aux essais de stabilité des produits cosmétiques. iso.org/standard/63465.html
- ISO 11930:2019. Cosmétiques — Microbiologie — Évaluation de la protection antimicrobienne d’un produit cosmétique. iso.org/standard/75058.html
- ISO 17516:2014. Cosmétiques — Microbiologie — Limites microbiologiques. iso.org/standard/59938.html
